Covid-19 : un révélateur sur nos dirigeants politiques

Publié le par Yann Guillemot

Pendant la soirée électorale d’hier soir, mais également ce matin, nous avons tous pu assister aux réprimandes collectives des membres de la majorité et du gouvernement, adressées à une partie de ces Français qui flânaient dimanche après-midi dans les parcs et dans les marchés .

 

Pour mémoire rappelons quelques faits :

  • Depuis plus de huit jours, l’ensemble des médias n’a cessé de comparer le développement de l’épidémie du covid-19 chez nous et dans les pays voisins, notamment en Italie. Nombre d’épidémiologistes et autres spécialistes, scientifiques, nous ont alerté de l’imminence de l’accroissement des cas en France au regard des similitudes observées entre nos deux pays.
  • Le 11 mars l’OMS déclare officiellement que le COVID-19 peut être qualifié de pandémie.
  • Le 12 mars, dans ce contexte évident d’accélération de l’infection à l’échelle mondiale, le Président Macron annonce, lui, ses premières mesures : la fermeture de tous les établissements scolaires à partir de lundi 16 mars mais il confirme la tenue des élections municipales dimanches 15 mars.
  • D’autre part, des pays européens moins touchés que la France par le virus, avaient déjà anticipé ces mesures. Depuis lundi dernier 9 mars, des contrôles sanitaires sont effectués systématiquement aux frontières de la Pologne avec ses voisins ; depuis jeudi dernier 12 mars tous les établissements scolaires sont fermés en Pologne, tous les commerces non « nécessaires » à la vie quotidienne le sont également. Depuis le samedi 15 mars minuit, toutes les liaisons aériennes, ferroviaires sont suspendues, les contrôles aux frontières sont rétablis et sauf justificatifs valables aux yeux des autorités locales, les étrangers ne peuvent plus rentrer sur le territoire polonais. Les rassemblements de plus de 50 personnes sont interdits.
  • Pendant ce temps, samedi 14 mars à 19h, notre Premier ministre Edouard Philippe annonce un nouvel arsenal pour lutter contre la propagation du virus et notamment la fermeture immédiate (minuit) de l’ensemble des commerces et lieux recevant du public « non indispensables à la vie du pays ». Il rappelle l’importance des règles élémentaires dites « barrières » de lutte contre la diffusion du virus mais confirme pour le lendemain la nécessité d’aller voter.

Depuis hier soir, sentant le vent de l’incompréhension monté de toutes parts dans la société française et illustrée par le niveau d’abstention record enregistrée aux élections municipales, tous les membres de la majorité et du gouvernement n’ont rien trouvé de mieux pour justifier des erreurs manifestes d’anticipation et de communication dans la gestion de cette crise, que de se réfugier derrière les recommandations du Conseil scientifique. Ensuite, comble de l’ironie, ils fustigent ces Français en sortie du dimanche parce qu’ils n’auraient pas pris suffisamment conscience de la gravité de la situation.

Franchement, de qui se « fout-on » et qui décide dans notre pays ?

Est-ce le badaud du dimanche après-midi que l’on invite à aller voter le matin même?

Serait-ce le conseil scientifique qui ne donne qu’un avis et qui est fort divisé d’ailleurs sur cet avis ?

Ou bien l’opposition qui voulait ces élections ?

N’y aurait-il pas aussi un peu d’idéologie pour vouloir à tout prix conserver nos frontières ouvertes alors que tout le monde sait bien que confinement rime avec contrôle des déplacements aux limites administratives d’une ville, d’une région, d’un pays si cela est nécessaire? Nous y viendrons et peut-être même dès ce lundi soir.

Est-ce que notre Président et son gouvernement seraient sourds et aveugles aux recommandations de l'OMS et aux décisions prises par d’autres pays dans cette crise sanitaire exceptionnelle? Il y a peu encore, n’étaient-ils pas les chantres de la mondialisation et de ses bienfaits en nous rappelant notamment cette nécessité absolue d'observer ce qui se fait de mieux chez les autres?

En réalité, je vous le dis, dès le jeudi 12 mars, sur la base de l’ensemble des informations provenant de la part du conseil scientifique, de la connaissance de la situation chez nos voisins européens et plus largement dans le monde, le Président Macron aurait dû annoncer ce soir-là l’ensemble des mesures radicales de confinement pour lutter contre cette épidémie et confirmer le report des élections municipales.

Pour ce faire il faut avoir du courage, faire preuve d’anticipation et de pragmatisme.

Le résultat, c’est que l’on va faire comme tout le monde … mais avec du retard et avec toutes les conséquences inéluctables sur la santé des personnes les plus fragiles.

 

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